La France prépare une infrastructure d’un genre nouveau pour son industrie : une canalisation dédiée au transport d’hydrogène, longue de plus de 800 kilomètres, entre Fos-sur-Mer et la Moselle. Baptisé Hy-Fen et porté par NaTran (anciennement GRTgaz), le projet entre dans sa phase de concertation publique, ouverte jusqu’au 20 décembre, comme le détaille Techniques de l’Ingénieur dans un article du 15 octobre 2026.
Plan de l'article
Un axe sud-nord pour l’hydrogène industriel #
Le tracé envisagé relie Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, à Erching, en Moselle, près de la frontière allemande. Le tracé définitif n’est pas encore arrêté : à ce stade, les études portent sur un couloir de 4 à 6 kilomètres de large, qui traverserait 407 communes réparties sur cinq régions, de Provence-Alpes-Côte d’Azur au Grand Est, en passant par l’Occitanie, l’Auvergne-Rhône-Alpes et la Bourgogne-Franche-Comté.
La canalisation doit transporter de l’hydrogène renouvelable et bas carbone. Sa capacité visée est d’environ deux millions de tonnes par an, soit près de 20 % du transit européen envisagé à terme. La mise en service est annoncée à l’horizon 2032.
Un maillon d’une dorsale européenne
Hy-Fen s’inscrit dans le projet européen H2med, qui vise à relier la péninsule Ibérique au nord-ouest de l’Europe, avec notamment une canalisation sous-marine entre Barcelone et Fos-sur-Mer. La partie française servirait ainsi de couloir de transit vers l’Allemagne, tout en desservant les bassins industriels situés le long du tracé.
Le projet ne part pas de rien. En juillet 2025, les cinq régions concernées avaient signé une déclaration commune de soutien, rapportait Le Journal des Entreprises. NaTran y précisait que deux tiers du parcours seraient assurés par des canalisations neuves, le reste par la reconversion d’anciennes conduites de gaz naturel. Une subvention européenne de 15 millions d’euros avait été obtenue pour cofinancer les premières études. Le montant total de l’investissement n’a pas été rendu public.
Une concertation encadrée par la CNDP #
La Commission nationale du débat public a décidé le 22 juillet 2026 d’engager une concertation préalable sur le projet (décision n° 2026/70/HY-FEN/2). Cette étape permet au public, aux collectivités et aux industriels de s’exprimer sur l’opportunité du projet, ses variantes de tracé et ses impacts, avant les études détaillées et les demandes d’autorisation.
Pour les industriels des territoires traversés, c’est le moment de faire connaître leurs besoins : localisation des points de livraison, volumes envisagés, calendrier de décarbonation de leurs procédés.
Pourquoi le transport conditionne les procédés #
Du point de vue du génie des procédés, l’hydrogène est à la fois une matière première et un vecteur énergétique. Il intervient dans le raffinage, la synthèse de l’ammoniac, celle du méthanol, et il est envisagé pour la réduction directe du minerai de fer dans la sidérurgie. Aujourd’hui, l’essentiel de l’hydrogène industriel est produit sur place, par vaporeformage de gaz naturel, un procédé fortement émetteur de CO2.
Basculer vers un hydrogène bas carbone pose une question logistique : produire par électrolyse là où l’électricité est disponible, puis acheminer le gaz vers les sites consommateurs. Le transport par canalisation est la solution la plus adaptée aux gros volumes et aux flux continus que réclament les procédés industriels.
Une demande encore à construire
Selon les études préalables citées par Techniques de l’Ingénieur, la consommation d’hydrogène des régions desservies pourrait atteindre près de 200 000 tonnes par an en 2030 et 900 000 tonnes à l’horizon 2050, sans que toute cette demande ait vocation à passer par la seule canalisation. L’écart entre ces projections et la capacité visée de l’ouvrage illustre son rôle de transit européen autant que de desserte locale.
Les défis techniques d’une canalisation hydrogène #
Transporter de l’hydrogène n’équivaut pas à transporter du gaz naturel. La petite taille de la molécule favorise les fuites, et l’hydrogène peut fragiliser certains aciers, un phénomène connu sous le nom de fragilisation par l’hydrogène. La reconversion de conduites existantes suppose donc des vérifications poussées sur la nature des matériaux, les soudures et les pressions de service.
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La compression, le comptage et la gestion de la pureté du gaz livré sont d’autres sujets clés. Selon l’usage final, une pile à combustible ou un réacteur de synthèse, les exigences de pureté ne sont pas les mêmes, ce qui peut imposer des étapes de purification chez l’utilisateur.
Un calendrier long, des choix à faire maintenant #
Avec une mise en service visée en 2032, Hy-Fen relève du temps long industriel. Mais les décisions qui en conditionnent l’utilité se prennent dès maintenant : localisation des électrolyseurs, conversion des procédés consommateurs, contrats d’approvisionnement. La concertation ouverte jusqu’au 20 décembre est la première occasion pour les acteurs de terrain d’influer sur un ouvrage qui pourrait structurer la chimie et l’industrie lourde françaises pour plusieurs décennies.




