Le groupe finlandais UPM a inauguré mi-octobre sa bioraffinerie de Leuna, en Saxe-Anhalt, au cœur de l’un des grands pôles chimiques allemands. L’installation transforme du bois en produits chimiques destinés à remplacer des matières premières d’origine fossile. Avec une capacité annuelle de 220 000 tonnes, UPM la présente comme la plus grande unité de ce type au monde, pour un investissement total de 1 370 millions d’euros.
Plan de l'article
Du hêtre aux sucres industriels #
Le procédé part d’une ressource que l’industrie du bois valorise mal. D’après le communiqué d’UPM repris par Chemeurope, la bioraffinerie utilise du hêtre issu d’éclaircies et des résidus de scierie, collectés dans un rayon d’environ 200 kilomètres et impropres aux usages plus nobles comme le bois d’œuvre ou l’ameublement.
Cette biomasse lignocellulosique est ensuite décomposée par hydrolyse enzymatique. L’opération sépare deux familles de produits : des sucres industriels d’un côté, de la lignine de l’autre. Ces deux fractions servent de matières premières renouvelables pour la chimie, en substitution d’intrants aujourd’hui tirés du pétrole ou du gaz.
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Une étape délicate à l’échelle industrielle
Pour un ingénieur procédés, l’intérêt de Leuna tient moins au principe, connu depuis longtemps en laboratoire et en pilote, qu’à son passage à l’échelle. L’hydrolyse enzymatique du bois suppose de maîtriser le prétraitement de la biomasse, l’activité des enzymes, les temps de séjour et la séparation des phases, sur des débits sans commune mesure avec ceux d’un démonstrateur. C’est précisément ce saut que de nombreux projets de bioraffinerie de deuxième génération ont eu du mal à franchir.
UPM indique que la montée en cadence a progressé : l’hydrolyse enzymatique et la production de spécialités chimiques dérivées de la lignine ont atteint un fonctionnement stable, et le groupe accélère la commercialisation de ces produits. Le communiqué ne détaille pas, à ce stade, le taux d’utilisation de l’ensemble des 220 000 tonnes de capacité.
Des débouchés dans les produits du quotidien #
Les produits biosourcés de Leuna visent des marchés très larges. UPM cite les vêtements, les emballages, les cosmétiques, les matériaux de construction et les pneumatiques, des secteurs où beaucoup de composants restent fabriqués à partir de ressources fossiles. L’argument mis en avant est double : proposer aux fabricants et aux marques des alternatives renouvelables offrant les performances attendues, et répondre à la demande d’une part des consommateurs pour des produits issus de matières renouvelables.
Massimo Reynaudo, président et directeur général d’UPM, qualifie la bioraffinerie d’investissement transformant pour le groupe et d’étape importante de sa croissance. Associée aux carburants renouvelables du groupe, elle doit former selon lui une plateforme de croissance rentable.
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Un signal pour la bioéconomie européenne #
Le site Hydrocarbon Engineering, qui a relayé l’inauguration le 16 octobre, reprend la lecture qu’en fait UPM : Leuna montrerait que les solutions à base de carbone renouvelable peuvent dépasser le stade des projets pilotes pour passer à une production commerciale, en réduisant la dépendance aux chaînes de valeur fossiles importées et en renforçant la sécurité d’approvisionnement.
Le contexte donne du poids à ce discours. La chimie européenne traverse une période difficile, entre coût de l’énergie, concurrence asiatique et fermetures de capacités. Voir un industriel engager plus d’un milliard d’euros dans une unité de transformation de la biomasse, en Allemagne, va à contre-courant de ce mouvement. Le patron d’UPM y voit une façon de transformer les atouts scientifiques et techniques de l’Europe en nouvelle activité de croissance.
Ce qu’il faudra suivre
Plusieurs questions restent ouvertes pour les professionnels du génie des procédés. La première concerne la montée en charge complète de l’installation, au-delà des briques déjà stabilisées. La deuxième touche à l’économie du procédé : la compétitivité des sucres et de la lignine face à leurs équivalents fossiles dépendra des volumes réellement écoulés et du prix que les clients accepteront de payer pour un contenu renouvelable.
La troisième porte sur l’approvisionnement. Le choix d’un bassin de collecte limité à environ 200 kilomètres et de bois de faible valeur limite les conflits d’usage avec la filière bois, mais il lie aussi la performance du site à la régularité de cette ressource et à sa qualité. Pour les industriels qui étudient des projets similaires, Leuna servira de référence grandeur nature : ses résultats d’exploitation dans les prochains mois diront si la bioraffinerie lignocellulosique peut devenir un outil courant de la chimie européenne.




